LE RACCOURCI D'UN PARCOURS

LE RACCOURCI D’UN PARCOURS

A la fin de la modernité les avant-gardes disparurent et l'avenir de l'art pictural s'avéra incertain. Confronté à cette situation, je l’étais d’autant plus que tout se tient. Pas plus qu’une autre, ma propre pratique au sein de l’art construit n’échappa à l’épuisement des courants strictement formels qui tinrent le haut du pavé durant les trois quarts du 20ème siècle.

Après avoir mené à son terme la démarche dans laquelle je m’étais engagé, j’avais besoin de recul. Je quittai Paris et vins élire domicile aux portes de la Champagne. Là, après un temps mort, ou plus exactement un entracte, j’avais hâte d’entamer un nouvel épisode, d’aborder la peinture sous un autre angle, dans une autre optique. Bref, de renouer sans idées préconçues, avec des thèmes éternels ; paysages et natures mortes. J'aime contempler la beauté de certains sites, de certaines formes naturelles. De ce fait, lorsque je peins, si je ne cherche pas à reproduire le motif, je tiens à ce que la facture picturale lui soit ressemblante. Le choix des sujets ensuite se précisa et le langage pictural évolua vers la schématisation. Dès cette phase, la peinture fut pour moi le trait d’union entre l’apparence et l’imaginaire, la chair et l’esprit.

C’est au cours de mon adolescence que je ressentis l’attrait qu’exerçait sur moi la nature. Né dans les Ardennes, ce furent en particulier les sites rocheux et légendaires de la vallée de la Meuse qui me marquèrent le plus et restèrent gravés dans ma mémoire.

Aujourd’hui je suis toujours attiré, mais en pensant à la peinture, par les amoncellements chaotiques de roches que je rencontre, ici ou là, le long du littoral breton. Sur le terrain je m’attarde d’abord sur les signes repérés dans le désordre du monde minéral. Puis, dans le silence de l’atelier, je ne me laisse pas emporter par l’impression ou l’expression, j’échafaude, à travers un enchevêtrement de formes, de lignes et de couleurs qu'il m'appartient d'orchestrer, un paysage hors-temps qui se suffit formellement à lui-même. Toutefois, l’élaboration du tableau ne se limite pas à l’esthétique, l’empreinte métaphysique qui donne sens à l’ensemble est là pour le souligner.

                                                                                                                             M. Charlier-H.

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